Mise à jour de l’analyse de scénario : chocs dus à la pandémie de la COVID-19 et à la chute des prix du pétrole

Le DPB a publié sa première analyse de scénario sur les chocs dus à la pandémie de COVID-19 et à la chute des prix du pétrole le 27 mars pour aider les parlementaires à en évaluer les possibles répercussions économiques et financières.

Le présent rapport fournit une mise à jour de l’analyse de scénario. Il comprend un scénario économique révisé et des estimations de coûts mises à jour pour les mesures annoncées précédemment. De plus, il tient compte des nouvelles mesures fédérales annoncées jusqu’au 24 avril inclusivement.

Le scénario à l’étude n’en est qu’un seul parmi les nombreux scénarios possibles. Nous insistons sur le fait qu’il ne constitue pas une prévision. Il ne montre qu’une des issues possibles à la situation.

  • Le DPB part désormais du principe que les mesures de lutte contre la COVID-19 demeureront en place jusqu’à la fin du printemps au Canada et qu’elles seront graduellement assouplies au courant de l’année, à un rythme relativement lent, sans être complètement éliminées.
  • Malgré l’entente conclue le 12 avril par les pays membres et partenaires de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en vue de réduire leur production de pétrole brut, le DPB émet toujours l’hypothèse que les prix du pétrole demeureront bien en deçà de leurs niveaux d’avant la crise.

Étant donné que les perspectives économiques et financières sont extrêmement incertaines en ce moment, le DPB continue de se limiter à un horizon à court terme exclusivement, c’est-à-dire le profil trimestriel de 2020 et les exercices 2019-2020 et 2020-2021.

Scénario économique

Compte tenu de la situation récente sur le marché du travail, de l’« estimation rapide » faite par Statistique Canada de la baisse du PIB réel en mars et d’une évaluation désagrégée des secteurs touchés, le DPB a révisé significativement à la baisse son hypothèse sur les répercussions des chocs dus à la pandémie de COVID-19 et à la chute des prix du pétrole sur l’économie canadienne.

Selon le scénario économique mis à jour, le PIB réel devrait diminuer de 2,5 % au premier trimestre, puis de 20 % au deuxième trimestre (taux non annualisés dans les deux cas). Il devrait ensuite rebondir légèrement aux troisième et quatrième trimestres alors que les mesures de lutte contre l’épidémie seront graduellement assouplies.

  • En 2020, la croissance du PIB réel serait de -12 %. Il s’agirait ainsi de la croissance de loin la plus faible jamais enregistrée depuis le début de la série en 1961.
  • Pour mettre le tout dans une perspective historique, notons que c’est en 1982 que la plus faible croissance du PIB réel a été enregistrée (‑3,2 %, soit près du quart de la baisse que nous anticipons).

Cela dit, notre hypothèse quant au taux de croissance du PIB réel de ‑12 % se situe bien dans la fourchette des taux de croissance suggérée dans les scénarios indicatifs envisagés par la Banque du Canada dans son Rapport sur la politique monétaire d’avril 2020.

La plus forte baisse prévue du PIB réel, conjuguée à la baisse plus marquée du niveau de prix du PIB, entraînera une diminution du niveau du PIB nominal — mesure la plus large de l’assiette fiscale du gouvernement — de 177 milliards de dollars en 2020 par rapport au scénario économique précédent.

  • En comparaison à un scénario contrefactuel dans lequel les chocs dus à la pandémie de COVID-19 et à la chute des prix du pétrole ne se produisent pas, le niveau du PIB nominal serait plus bas de 395 milliards de dollars (16,6 %) en 2020.
  • Le DPB suppose qu’il y aura d’autres pertes d’emplois au deuxième trimestre et que le taux d’emploi (la part de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi) s’élèvera à 53,8 %, soit 8 points de pourcentage de moins que son niveau d’avant la crise en février.
  • Le taux d’emploi de 53,8 % au deuxième trimestre serait le plus faible jamais enregistré depuis le début de la série en 1976.

Scénario financier

Les résultats budgétaires tiennent compte des mesures budgétaires fédérales totalisant 146 milliards de dollars qui ont été annoncées en date du 24 avril et se fondent sur les évaluations de coûts de Finances Canada et du DPB.

  • En fonction du scénario économique mis à jour et en tenant compte des mesures fédérales annoncées, le déficit budgétaire passerait à 24,9 milliards de dollars en 2019-2020, puis à 252,1 milliards de dollars en 2020-2021.
  • Par rapport à la taille de l’économie canadienne, le déficit s’élèverait à 1,1 % du PIB en 2019-2020, puis à 12,7 % en 2020-2021.

En proportion de l’économie, le déficit budgétaire de 2020-2021 serait le plus important déficit jamais enregistré (depuis le début de la série en 1966‑1967) et dépasserait de loin le record de 8 % du PIB observé en 1984-1985.

  • La hausse du déficit budgétaire et la forte diminution du PIB nominal feront passer le ratio de la dette fédérale au PIB à 48,4 % en 2020-2021.
  • La dernière fois que le ratio de la dette fédérale au PIB a atteint plus de 48,4 %, c’était en 1999-2000. Il demeure toutefois bien en deçà du sommet de 66,6 % atteint en 1995-1996 (depuis 1966-1967).

Malgré les mesures annoncées récemment, d’autres mesures financières pourraient être nécessaires pour soutenir l’économie dans les prochains mois. En outre, même après l’ajout de mesures de soutien, de nouvelles mesures de relance budgétaires pourraient être nécessaires pour que l’économie redémarre, surtout si le comportement des consommateurs et des entreprises ne revient pas à la « normale » rapidement.

Dans le contexte de la viabilité budgétaire, il est essentiel de faire la distinction entre les mesures budgétaires temporaires et permanentes. La situation actuelle exige que l’on prenne des mesures stratégiques immédiates et énergiques pour faire face à des circonstances imprévues et exceptionnelles. Jusqu’à maintenant, le gouvernement n’a pas l’intention de rendre permanentes les mesures budgétaires annoncées.

Il faut se rappeler qu’avant les chocs dus à la COVID-19 et à la chute des prix du pétrole, le gouvernement affichait un bilan sain. Compte tenu de la nature temporaire des mesures budgétaires et de l’expérience du passé, et étant donné que les taux offerts sur le marché du crédit sont historiquement bas, tout laisse croire que le gouvernement pourrait contracter d’autres emprunts s’il le fallait.

Après l’expiration des mesures budgétaires et la reprise de l’économie, le ratio de la dette fédérale au PIB devrait se stabiliser, puis commencer à diminuer selon les modalités de la politique budgétaire d’avant la crise. Toutefois, si certaines des mesures sont prolongées ou deviennent permanentes, le ratio de la dette fédérale pourrait continuer d’augmenter.

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